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Dormir avec son bébé est un comportement humain banal, c'est à dire largement pratiquer et qui a des implications sur la vie quotidienne, sur les relations familiales et les représentations que nous en avons. Les besoins du bébé sont analysés de façons fort différente, que l'on souhaite dormir avec lui ou au contraire qu'on essaye de le mettre à l'écart. Voilà une liste sans doute incomplète des bénéfices que peut apporter le sommeil partagé à votre famille.

Ne plus avoir peur

Vous souvenez-vous de la dernière fois que vous êtes descendue seule à la cave alors que la nuit était tombée ? Et pour ceux qui habitent à la campagne, quand vous sortez la nuit fermer la porte du garage ou chercher le livre oublié sur un coin de pelouse, ne vous arrive-t-il pas de presser le pas avec un petit sentiment d'inquiétude ? Et ce bruit inconnu qui a surgit soudainement dans la nuit au milieu du murmure familier alors que vous étiez dans votre lit en train de vous endormir. Est-ce vous ou votre compagnon qui êtes allé vérifier que la porte de la maison était bien fermée ? L'obscurité, même à l'âge adulte, est source d'inquiétudes. Nous nous sentons vulnérables, à la merci d'un prédateur quel qu'il soit, réel ou fantasmagorique. Comme tous les animaux, nous ne pouvons dormir que dans un environnement suffisamment sûr, car au danger de l'obscurité s'ajoute avec le sommeil la diminution de notre vigilance. Donc pourquoi faudrait-il encore se compliquer les choses en rajoutant à tout ceci la solitude ? Voilà l'une des raisons principales qui nous poussent, nous et nos bébés, à dormir ensemble : nous protéger et chasser la peur de la nuit. Ce n'est pas parce que nous vivons dans des habitations modernes avec digicode et interphone pour certains que cette inquiétude s'est totalement évanouie : nous avons encore bien des réactions d'homme de Cro-Magnon et la raison a bien peu à dire dans ce domaine. La peur, le stress, invitent parents et enfants à se rassembler pour se protéger et se rassurer.

Se reposer ... enfin

La conséquence immédiate de cette sécurité éprouvée par le bébé qui dort avec un ou deux parents, est le calme des nuits sans pleurs, sans réveil, sans interruptions fatigantes. Ne plus se lever pour s'occuper du bébé la nuit est évidemment plus reposant pour tout le monde. On a vu que les réveils étaient normal pour un jeune enfant, et qu'il n'était pas raisonnable d'attendre d'un bébé allaité de six mois des nuits de 10 heures sans interruption. Mais quand il sent la présence de sa mère et/ou de son père, le bébé ne se réveillera souvent pas complètement (en tous les cas, les manifestations bruyantes seront fortement diminuées). Même les tétées se font dans un climat propice à l'endormissement, et de nombreux bébés tètent littéralement « en dormant ». De même, la mère n'a qu'à se pencher pour donner le sein, et bien souvent elle n'aura aucun souvenir de la fin de la tétée, se rendormant bien avant. Le matin, au lieu de se lever pour chercher un bébé qui pleure puis de vous en occuper activement, il suffira d'avoir à proximité quelques jouets pour l'occuper pendant que vous continuerez de somnoler et de faire la grasse matinée. Ce qui retarde les réveils du dimanche matin, l'un des cauchemars des parents !
Le repos des parents et du reste de la famille (le bébé ne pleurant pratiquement jamais), sera le bénéfice le plus évident du sommeil partagé.

Le plaisir d'une proximité réelle

Dormir avec son bébé, c'est partager des moments d'une grande intimité. Il est possible d'observer ses mouvements quand il dort, de surveiller sa respiration, d'entendre ses moindres murmures. C'est une communication directe qui s'établit en court-circuitant notre cerveau « intelligent », et reliant directement les inconscients entre eux. La mère peut alors rassurer son enfant d'une caresse, d'un murmure, en lui prenant la main ou par sa simple présence et le souffle régulier de sa respiration. Dormir ensemble, ce n'est pas seulement sommeiller ensemble. C'est aussi se serrer l'un contre l'autre, se toucher, se sentir. C'est laisser sa personnalité intime s'exprimer dans un abandon total. Souvent, les bébés auront des mouvements instinctifs d'agrippement, de recherche de contact vers leur mère. Celle-ci ressentira une grande joie à sentir ainsi tout l'attachement profond (profond car hors de son contrôle) de son bébé pour elle. Elle y répondra elle-même par des mouvements « réflexes », et cette communication très primitive aura une répercussion sur leur relation. Dormir ensemble c'est donc pour la mère et l'enfant approfondir leur connaissance l'un de l'autre, particulièrement dans le champ du non-conscient, tant il est vrai que si l'éveil se place sous le signe de la volonté, le domaine du sommeil est celui de l'inconscient.

La confiance en soi

C'est un corollaire immédiat du bénéfice précédent : le plaisir et la satisfaction ressentis par la mère favoriseront le développement de son narcissisme (c'est à dire de la bonne image qu'elle a d'elle-même), et donc sa relation avec le bébé. La confiance en soi peut-elle être mieux nourrie que par la certitude quotidiennement renouvelée de voir son propre corps servir de nid sécurisant pour son bébé ? Le visage d'un enfant calmement endormi et abandonné contre soi est sans nul doute un des signaux les plus puissants qui puissent assurer aux parents que tout va bien et qu'ils s'occupent bien de leur enfant. Les mères qui allaitent connaissent bien cette certitude qui les habite quand en fin de tétée le bébé s'endort, une perle de lait au coin des lèvres.

L'allaitement facilité

Le sommeil partagé trouve tout son intérêt quand le bébé est allaité au sein : le bébé et sa mère se réveillent à peine pendant les tétées, ils ont juste à se rapprocher un peu plus, et pour le bébé, à ouvrir la bouche et attraper le mamelon, ce qu'il sait rapidement faire dans le noir complet avec une grande expertise. Dormir avec son bébé favorise l'allaitement :
Les études montrent que les mères qui dorment avec leur bébé allaitent plus souvent et plus longtemps la nuit que les mères qui font dormir leur bébé à l'écart. Le sommeil partagé est également associé dans les études à une plus grande durée de l'allaitement. Est-il une cause ? Est-il une conséquence ? Il n'est pas facile de le dire. Ce comportement n'a souvent pas les faveurs de nos contemporains : choisi en dernier lieu parce qu'on n'arrive pas à faire dormir le bébé seul, le sommeil partagé est donc bien souvent une conséquence. Au contraire, l'allaitement est valorisé de nos jours : choisi, désiré, il a toutes les chances d'être une cause ! Les choses sont ainsi faites : la représentation que nous en avons les attire vers des catégories (cause ou conséquence) que notre esprit cartésien se plait à croire indépendantes du contexte. Mais en tout état de fait, l'expérience quotidienne de milliards de femmes prouve l'utilité de ce comportement où la proximité est favorisée. Et pour une fois, le bon sens pourrait suffire. On sait aujourd'hui que plus que la durée des tétées, c'est leur fréquence élevée qui est un facteur tout à fait positif pour la production de lait. De nombreuses mères chez nous interrompent l'allaitement par « manque de lait ». En fait, il s'agit de mauvaises pratiques d'allaitement, dues à l'ignorance des règles simples qui en assurent le succès. Les tétées nocturnes fréquentes sont alors précieuses et un moyen simple de faciliter l'allaitement.
Enfin pour les mères qui sont séparées de leur bébé la journée, c'est une façon sans pareille de maintenir l'allaitement, en favorisant des tétées nocturnes reposantes. C'est également valable pour un bébé très actif la journée. Donner le sein la nuit, et en plus sans effort, voire même en dormant, est en fait une chance pour la mère et son enfant. Peut-on rêver mieux que de permettre à une mère de nourrir et de réconforter son bébé et ce sans aucune fatigue puisque en dormant ? Pourquoi se priver alors d'une telle facilité ?

Certaines difficultés d'allaitement seront plus facilement résolues si la mère dort aux côtés de son bébé. Permettre au bébé de téter le plus souvent possible la nuit peut être nécessaire pour certains bébés trop calmes, ou qui gagneraient à prendre plus de lait. Il arrive que certains bébés refusent brusquement de téter leur mère : c'est alors souvent la nuit que, dans un état de demi-sommeil, ils se remettront à effectuer ce mouvement de succion instinctif qui mettra fin à cette « grève de la tétée ».
Si le bébé est nourri  au biberon, ces derniers peuvent être préparés à l'avance et laissés à portée de main. Ils seront évidemment moins facilement donnés que le sein qui ne nécessite que très peu de mouvements de la part de la mère et de son bébé. D'une façon générale, moins vous vous déplacerez, moins vous déplacerez le bébé et plus calme seront les nuits.

Une adaptation rapide à tous les changements de la vie quotidienne

En cas de changement de lieu de vie (vacances, visite chez la famille ou des amis, voyages, déménagement, ...), le bébé aura toujours votre présence comme point de repère. Le bébé qui dort contre ses parents habituellement sera nettement moins perturbé. Dormir dans un grand lit avec ses parents est commode à tous les points de vue : inutile de prévoir un lit d'enfant, une seule chambre sera suffisante et aucun matériel spécial pour le bébé ne sera nécessaire. Vous pouvez aller ainsi n'importe où, sans aucune contrainte matérielle.

Surveiller et rassurer son bébé

Dormir tout contre son bébé permet d'être très vite averti de tout problème le concernant. Rester auprès d'un bébé malade paraît le plus souvent indispensable à tous les parents.  Cette inquiétude est normale et tout à fait positive : je ne crois pas à la contamination de l'angoisse des parents vers le bébé. Il ne s'agit pas d'angoisse, mais d'intérêt et de sollicitude que seuls les parents peuvent ressentir. Ni le médecin, ni aucun professionnel n'auront de tels sentiments qui sont évidemment à la base des soins affectueux. Même les médecins les plus aguerris deviennent d'un sentimentalisme jugé excessif dans notre société quand il s'agit de leurs propres enfants. Si c'est le rôle des professionnels que de garder une certaine distance pour faciliter un diagnostique objectif, c'est bien celui des parents que de se préoccuper de leur bébé. Sentir que son bébé ne va pas bien est encore plus facile quand il est allaité car il se met à téter plus souvent dans ce cas (parfois avant même l'apparition des symptômes). La connaissance intime et permanente de son bébé facilite le repérage de tout problème et permet de donner vite l'alerte.